andata.ritorno  laboratoire d'art contemporain

 

Caroline Tapernoux

Luminances

Composition sonore : Dante Pannetier

Vernissage jeudi 13 septembre dès 18h
dans le cadre des Vernissages Communs du Quartier des Bains

Exposition du 13 septembre au 13 octobre 2018
Du mercredi au samedi de 14h à 18h

Finissage samedi 13 octobre à 18h00
Performance musicale et chorégraphique inédite

Caroline Tappernoux
© CAROLINE TAPERNOUX, LUMINANCE D’ANDATA RITORNO - 2018

De la caverne platonicienne et baudelairienne et de ses retombées inouïes de lumières renaissantes

« Ton ombre est là, sur ma table
Et je ne saurais te dire comment
Le soleil factice des lampes s’en arrange. »
Léo Ferré, (La lettre)

« Dans les ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté. »
René Char

Il en est du travail, je préfèrerais dire de l’œuvre de Caroline Tapernoux comme un défi à la nuit, Caroline habite la nuit avec cette intensité dont on parle dans l’occupation d’un être ou d’un lieu, comme on parle d’un être habité. La transparence, dans ses œuvres est de la même exigence de toute vraie vie, à savoir celle d’une urgence de l’instance dont les recherches ont été immenses malgré un résultat qui tient de l’évidence. L’imprégnation de la clarté que l’artiste dispose, étudie, pense, construit, travaille, avec enfin ce pain béni du résultat enfin conquis.

L’ombre est la sœur de la lumière comme le jour est le cousin de la nuit, on dira finalement que c’est une histoire de famille à l’encontre de Nietzsche qui haïssait ce concept du confort familial mais enfin il s’agissait alors d’un autre contexte que la métaphore que nous venons de faire.

Il est une très belle histoire ancrée dans les profondeurs de la mythologie grecque à savoir que le fondement de toute graphie et de l’histoire du dessin serait le fait d’une jeune femme, dont le père Dibutades était sculpteur potier. L’amoureuse aurait dessiné le pourtour de l’ombre de son fiancé partant à la guerre afin que son père puisse en réaliser une œuvre tridimensionnelle. Cette histoire, vraie ou fausse, n’en demeure pas moins d’un sentiment émouvant à savoir que l’origine du dessin serait venue du fond des temps par ce geste d’une grâce et d’un charme certains.

Les Luminances de Caroline Tapernoux sont issues d’un dispositif sculptural apparemment simple mais d’une intelligence factuelle et d’une maîtrise extrême à partir de matériaux modernes mais que nous qualifieront de basiques techniquement parlant, à savoir des projecteurs à l’optique exacte et calculée, installés au plafond, projetant leur lumière sur de plaques de polycarbonate au sol modelés afin de faire apparaître au mur dans des salles obscurcies, des figures que certains pourront voir telles des chimères nervaliennes, pour d’autres comme le passage d’improbables méduses, enfin comme dans les nuages, chacun y verra donc ses propres images dans le pouvoir de l’imaginaire individuel.

J’ai toujours porté dans ma programmation, une attention particulière aux domaines de l’ombre, du reflet, de la lumière, du miroir tant il est vrai que je suis persuadé que l’ombre, à savoir un dessin immatériel, était une métonymie même de l’entité fondamentale de l’art, à savoir la recherche de valeurs immatérielles et spirituelles à travers l’ultime nécessité des matériaux sans quoi l’art se résumerait à l’invisibilité des yeux fermés.

Les ombres portées sont l’excellence et la grâce de la saison présente de l’automne.
Le paradoxe étant qu’il a fallu obscurcir ce lieu d’art aux qualités d’une lumière cistercienne pour les besoins de la visibilité de cette exposition sublime dans cet automne mordorant. Cet automne, dont Léo Ferré parlait à son propos « des bandits jaunes qui font aux arbres des hold-up madororants ».

Les ombres portées nous donnent une vision sur le monde plus aigue, plus résonnante, et Caroline Tapernoux fabrique des Luminances, où l’alcôve nocturne prend tout son sens, dans un rappel paradoxal des cavernes qui depuis Lascaux ne cesseront pas d’être le décor clandestin de graphies éternelles.

« Mehr Licht » disait Goethe. Caroline fait de l’incidence de la lumière des images sensibles, sensorielles, aux antipodes de la virtualité technologique ambiante. Elle nous offre ses images, comme un don, un cadeau, une chance et pourquoi pas finalement COMME UN RÊVE PLUS LONG QUE LA NUIT.

Joseph-Charles Farine
19 septembre 2018

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Texte par David Brunel
Luminances

Les Luminances apparaissent au spectateur comme des œuvres sans présence physique, « simples » illuminations réfléchies sur les murs produites par des sources lumineuses, projetées sur des matériaux choisis et travaillés en conséquence par l’artiste.

Un monde dont l’ombre est l’enveloppe révélatrice s’ouvre, se déploie, et invite les spectateurs à plonger en son sein afin de retrouver, comme dans l’obscurité du sommeil, un état onirique, un imaginaire archaïque. Espace flottant, univers aérien, autant qu’aquatique, cette caverne d’ombres n’est pas celle de Platon et de ses skiagraphies trompeuses, elle se rapprocherait plutôt d’une suite d’images latentes, d’un lieu de gestation, un foyer de cellules, une culture du vivant.

 

 


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