andata.ritorno  laboratoire d'art contemporain

 

Heinrich Richard Reimann

Aquarelles itinérantes

Vernissage jeudi 17 mai dès 18h
dans le cadre des Vernissages communs du Quartier des Bains

Exposition du 17 mai au 14 juin 2018
Du mercredi au samedi de 14h à 18h

Finissage le 14 juin

de 18h à 20h

A l’occasion de cette exposition, 9 estampes sont éditées, numérotées et signées par l’artiste
chacune tirée à 20 exemplaires
50 x 40 cm, impression sur Photo Rag Hahnemühle 300 g
CHF 300.- pièce
Pour plus d'informations, cliquez ICI

henrich richard reimann
© Heinrich Richard Reimann, Condémines/VS, 2016, aquarelle, 38 x 28 cm

 

Texte par Joseph Charles Farine

Heinrich Richard Reimann
Poète linéaire


« La peinture linéaire pure me rendait fou. »
Antonin Artaud, Van Gogh, le suicidé de la société

« Van Dongen a la peinture dans la peau. Quand je cause avec lui et que je le regarde, je me figure toujours que ses cellules sont pleines de couleurs, du jaune, du rouge ou du bleu dans leurs canaux. »
Arthur Cravan


Il en est de l’œuvre picturale de Heinrich Richard Reimann comme d’une invitation baudelairienne au voyage, en nous donnant à voir des itinérances chromatiques inspirées et marquées du sceau de ses imprégnations sensibles des lieux qu’il a visités et voyagés, le Japon, l’Espagne, la Grèce, l’helvétique Valais. On pourrait dire à son propos, comme on parle d’écrivains voyageurs, qu’il est un peintre voyageur. Ses aquarelles ruissellent dans une parfaite maîtrise picturale, des émotions, des sensations connues, vécues, ressenties dans ce voyage au pays des topiques dont il nous renvoie en parfait abstrait, son imagerie toute de finesse, de délicatesse qui n’est peut-être autre chose que cette fameuse « délectation de la peinture » dont parlait Nicolas Poussin.La musique est proche aussi, le rythme, la cadence, l’obsession de la linéarité horizontale, comme de sublimes gammes. Le travail de la ligne, précise, exacte, aboutissant à un résultat dont la méditativité n’est pas absente.

Heinrich Richard Reimann peint dans la volonté de donner à voir et sentir comme un plus de réalité, paradoxe de l’abstraction, des territoires inconnus, des paysages imaginaires où parfois ressurgit comme le souvenir de quelques couchers de soleil inconnus.  A moins que ce ne soit « l’aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes » dont parlait Rimbaud.

Combien de soirs couchants ai-je admirés depuis l’enfance, sans jamais m’en lasser ? Le plaisir rétinien procuré par l’aquarellisme de Reimann est du même ordre de raffinement visuel. Voir le ciel encore et encore,  tantôt d’indigo, tantôt de violacé, tantôt de vert printanier, tantôt de bleu azuré, tantôt de jaune ensoleillé, qui me reviennent face à ces œuvres sur délicats supports faits de japonaiseries. La peinture comme l’amour sera toujours à réinventer pour embellir et rire de plaisir face à la beauté de la vie et même des songes.

Merci Richard pour ce bonheur que tu sais donner à nos yeux et merci à toi d’exister. Comme le disait si bien Léo Ferré à propos des oiseaux du bonheur « nous resterons donc quelques abstraits de préférence » et face à l’éternité, Rimbaud encore « Elle est retrouvée. Quoi ? — L'Éternité. C'est la mer allée. Avec le soleil. » et en peinture de préférence pour mieux vibrer.

Genève, 13 juin 2018

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Texte par Françoise-Hélène Brou

Les aquarelles de H. Richard Reimann s’inscrivent dans la longue et vénérable histoire de ce médium. A cet égard, le terme « itinérantes » figurant dans l’intitulé de l’exposition, nous plonge d’emblée au cœur du projet de l’aquarelliste. En effet, la technique se révèle comme une invitation au voyage car, depuis l’instauration du « Grand tour » par les Anglais au 18e s, de nombreux peintres et artistes réalisent des aquarelles durant leurs voyages afin de consigner leurs observations. Dans le cas présent, il ne s’agit pas de croquis, d’ébauches ou d’études réalisés lors d’expéditions et destinés à l’illustration d’ouvrages naturalistes ou scientifiques. Nous ne nous trouvons pas non plus dans le genre du carnet de voyages, tels ceux réalisés par Delacroix au Maroc, Gauguin à Tahiti, Turner dans les Alpes ou Klee en Tunisie.

Les « Aquarelles itinérantes » de H.R. Reimann s’enracinent, certes, dans un paysage où il a séjourné et dont il a enregistré la topographie, les lumières et chromatismes, les particularismes humains et culturels. Mais sa démarche, strictement abstraite, vise plutôt à construire une vision exprimant sa propre découverte de l’ailleurs. Avec une économie de moyens picturaux et de signes, il procède à une mise en forme revenant avec insistance sur un schème fondamental – une sorte de matrice – appliquant sur papier Arches des plages de couleurs pures, d’épaisseur variables, séparées par des lignes horizontales ou obliques. Les couleurs se mélangent subtilement au moment du passage de l’une à l’autre, créant des effets aléatoires de transparence. La maîtrise de l’artiste ne s’arrête cependant pas là, car en observant attentivement le jeu des lignes, ou encore les bordures de la feuille, l’œil averti perçoit des couches sous jacentes de médium qui viennent créer une profondeur, tout en conférant une animation lumineuse en surface. Les combinaisons chromatiques se développent et s’accordent alors au rythme soutenu du réseau de traits et des transitions harmoniques de pigments, pour créer une partition traduisant un voyage intérieur.

Mais plus secrètement, l’itinérance qui s’exprime dans les aquarelles de H. R. Reimann dénote une trame autobiographique, évoquant des déplacements dans l’espace et le temps. Ses annotations colorées fixent quelques lieux de création et d’inspiration : le Burkina Faso, le Japon, la Crète, l’Espagne, le Valais. Elles témoignent de l’imprégnation de réalités paysagères, de souvenirs d’expériences, d’instants vécus, mais aussi de la nécessité de mettre en forme des impressions du voyage. Sur le plan stylistique, les « Aquarelles itinérantes » correspondent à une forme d’autoportrait métonymique du peintre. En effet, ses recherches sur la couleur, la géométrie, les effets d’optiques renvoient aux fondements de l’Abstraction géométrique ou de l’Art concret des années 1930, à l’Art optique des années 1950, à l’Art minimal et conceptuel des années 1960, autant de références qui ont guidé le parcours de H. Richard Reimann. Aussi, ses jeux aquarellés résument-ils une grammaire formelle et chromatique pratiquée tout au long de sa carrière, avec la légèreté, la fluidité et le raffinement inhérent au genre.

Condémines, le 20 avril 2018

Site web de l'artiste

 











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